MARCEAU (M.)


MARCEAU (M.)
MARCEAU (M.)

MARCEAU MARCEL (1923- )

Élève d’Étienne Decroux et de Charles Dullin, le mime Marcel Marceau débute en 1947 au Théâtre de Poche à Paris, où il crée son personnage de Bip, bientôt réclamé dans le monde entier. Il obtient l’année suivante le prix Deburau au concours des jeunes compagnies, avec le mimodrame Je suis mort avant l’aube . Le nom de Marceau est associé à la naissance de ce genre dramatique. Avec sa compagnie, il interprète entre 1948 et 1959 dix-huit mimodrames, dont Le Manteau (1951), tiré d’une nouvelle de Gogol, est le plus représentatif et le plus achevé. On peut citer également Pierrot de Montmartre (1952), Un soir aux funambules et Les Trois Perruques (1953), La Parade en bleu et noir , Le Loup de Tsu-Ku-Mi , Le 14-Juillet et Le Mont-de-piété (1956), Paris qui rit, Paris qui pleure (1959), spectacle programmé pendant six mois d’affilée à l’Ambigu.

En 1960, privé de subventions de l’État, Marcel Marceau est contraint de dissoudre sa compagnie. Alors commence une longue errance à travers les cinq continents, où il promène Bip et ses pantomimes de style. Il s’enrichit au contact de l’art japonais en étudiant le n 拏 et le kabuki. Il se retrempe à Athènes aux sources du mime antique. Quelques films lui sont consacrés ainsi que des émissions de télévision. Il poursuit ses récitals dont Pierre Verry, véritable affiche vivante, présente les titres des tableaux. Marcel Marceau peaufine son écriture plastique et gestuelle, dépouillant son style de tous les artifices d’école pour le rendre universel. Chacun de ses tours du monde le ramène à Paris, où il rêve de créer une école internationale de mime. Il le fait en 1969, mais de nouvelles difficultés financières jointes à l’indifférence des autorités françaises précipitent la disparition de cette école. Pour les mêmes raisons échoue le projet de création d’un institut de mime franco-suédois. Ce n’est que dix ans plus tard — après avoir repoussé de mirobolantes propositions venues des États-Unis — qu’il verra enfin son rêve s’accomplir avec l’ouverture de l’École internationale du mime, dont il prend la direction, à Paris. En 1971, il interprète à l’Opéra de Hambourg, sous forme d’un mimodrame musical, le Candide de Voltaire adapté par Claude Rostand, sur une partition de Marius Constant. Ce retour au mimodrame est traité de «banalité fastueuse» par la presse allemande et ne recueille qu’un succès mesuré. Marcel Marceau reprend alors dans ses tournées ses pantomimes de style et ses pantomimes de Bip, sur lesquelles est bâtie sa gloire internationale.

Les pantomimes de style paraissent regrouper au départ les «travaux pratiques» qui permirent à Étienne Decroux d’élaborer la syntaxe du mime: fondu, saccade, raccourci, contrepoids, arrêt, éléments de grammaire avec lesquels l’artiste affine sa technique. Cadré par le pinceau lumineux d’un projecteur, dans le vide silencieux de la scène, Marcel Marceau, en quelques gestes de magicien démiurge, recrée le monde et le poétise. Parmi les nombreux titres, on retiendra en particulier L’Escalier , La Marche contre le vent , Les Tireurs de corde , Le Funambule , Le Colleur d’affiches . La pureté du genre exige soit le port du masque soit l’enfarinement du visage à la Deburau; l’inexpressivité faciale fait du corps l’unique instrument dramatique. Mais Marcel Marceau en vient vite à utiliser son visage peint en blanc, dont les yeux et la bouche sont soulignés en noir, avec, sous la paupière, une larme. La mimique alors s’ajoute au mime, le visage joint sa vie propre à celle du corps, parfois en contradiction avec celle-ci, comme dans Le Fabricant de masques , où le corps torturé par l’angoisse est coiffé d’un masque hilare et figé. La lisibilité et l’expressivité de Marceau sont à la mesure de son inspiration. Immédiates ou progressives, comme dans Adolescence, Maturité, Vieillesse et Mort , les métamorphoses du mime laissent éclater sa virtuosité qu’il paraît difficile d’égaler.

Les pantomimes de Bip, «héros poétique et burlesque de notre temps» (pour reprendre les termes mêmes de son créateur), font de ce personnage un descendant du Charlot de Chaplin et du Malec de Keaton, et un proche parent du Hulot de Tati. Bip a su garder intactes les possibilités d’émerveillement de l’enfance. Poétique, il l’est par son accoutrement de marin déguisé en Pierrot, affublé d’un haut-de-forme cabossé au-dessus duquel palpite une rose. Il l’est encore dans sa démarche de danseur, dans ses gestes de prestidigitateur qui font naître sous ses doigts et à chacun de ses pas un monde invisible et pourtant familier: on le suit dans la rue, au milieu de la foule des Grands Boulevards, dans les salons assaillis par les désœuvrés du beau monde; on le retrouve maçon, gardien d’enfants, chasseur de papillons, pompier, chômeur, soldat, dompteur; on le poursuit dans le métro, on le rejoint dans la Lune d’où il semble être venu, lui, «vagabond des étoiles» qui paraît s’être égaré dans notre monde. C’est dans ces pantomimes que Marcel Marceau donne la preuve de son instinct du rythme, de son génie de la charade et de sa science du découpage. Pourquoi faut-il que, parfois, il se laisse prendre au piège de la tentation du ballet, qu’il ourle la bande image d’un accompagnement musical superflu, qu’il en rajoute avec des projections photographiques? Pourquoi faut-il qu’il lui arrive de jouer au philosophe? Peut-être est-ce pour exploiter toutes les ressources du mime et aller jusqu’au bout de ses expériences, au risque de s’éloigner de la pureté et de la sobriété du genre.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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